Pas de recettes toutes faîtes

En 2006, 21 % des surfaces bretonnes, toutes cultures confondues étaient conduites selon des méthodes simplifiées de travail du sol.
En 2008, on se rapproche sans doute d’un tiers des surfaces.

La forte participation au Rally Sol du Cambout (plus de 3 000 personnes) traduit l’intérêt des agriculteurs pour la simplification du travail, dans un contexte d’augmentation des surfaces, de réduction de la main d’oeuvre et de hausse du coût du carburant.
Pour un semis de blé après maïs, les comparaisons ont montré qu’entre un itinéraire labour + herses rotative + semoir et un itinéraire semis direct après broyage des résidus, le temps de travail et la consommation de fuel étaient divisé par deux et le coût global baissait de 20 % par hectare.

Gain de temps

Installé à la porte de Brest, Nicolas Hallegoat exploite 34 hectares dont 8 hectares de pomme de terre en vente directe.
"J’ai arrêter le labour pour gagner du temps, à cause de la vente directe. J’ai des sols sableux-humifères qui ne retiennent pas l’eau, les techniques simplifiées ont aussi permis d’améliorer l’enracinement des cultures" explique le jeune agriculteur.

Deux passages de canadien à dents précédant le billonnage et le tamisage avant plantation.
"Il n’y a pas de recettes toutes faites. Chacun a son type de sol et nous échangeons nos pratiques, trois à quatre fois par an, au sein d’un groupe de développement."


L’expérience de Bertrand Paumier (125 hectares) s’est affirmée depuis 8 ans.
"En 2000, au sein de la Cuma de Maure de Bretagne (35), nous avons mis en place un champ de comparaison des trois méthodes : labour, non-labour et semis direct", précise l’exploitant.
Avec les nombreuses visites, ce champ est devenu une école permanente.
Aujourd’hui près de 80 % des surfaces du canton sont conduites en non-labour.
"Pour toutes mes cultures, le sol est travaillé superficiellement et j’évite de passer le fissurateur. Il faut être patient et observateur" estime l’agriculteur.

Quant la situation s’y prête

L’exploitation de 28 hectares de M. Le Mezec président de la Cuma du Golf (22) est partiellement orientée vers les légumes bio.
Les cultures sont implantées sans labour avec un tiller multi rotor. M. Hervy salarié de la Cuma, assure le lient entre les adhérents pour faire progresser la méthode.
"On a démarré par le maïs, puis les céréales d’automne. Les adhérents ne sont pas devenus des militants du sans labour, mais plutôt suppriment le labour quand la situation s’y prête".*

La charrue sert de moins en moins mais la Cuma n’a pas investi dans du matériel spécifique. Un gros cultivateur est installé à l’avant du tracteur et un combiné herse rotative-semoir à l’arrière. Le non-labour simplifie l’organisation du travail dans la Cuma, la portance du sol s’est améliorée, un atout appréciée lors des épandages de lisier sur blé.

Dans les trois témoignages, les couverts végétaux forment un point commun très fort, considéré par certains comme une technique de désherbage, un moyen d’améliorer la structure du sol et d’éviter le ruissellement et le transfert des résidus phytos.

Aller progressivement

Faut-il alterner labour et non labour ?
"Il faut rapidement faire un choix pour bénéficier des améliorations durable au niveau de la portance de la structure, de la biodiversité du sol", estiment Nicolas et Bertrand.

Plus nuancé, M. Heddadj, de la Chambre d’Agriculture de Bretagne, conseille d’y aller progressivement en associant labour et non labour pour répondre à des contraintes directes.
Semer par exemple des cérérales en non labour si le délai est court ou labourer avant maïs en présence de résidus pour éviter les risques de fusariose et mycotoxines.
" Le tout ou rien peut faire échouer la méthode, il faut une progressivité et des échanges entre agriculteurs".

Un travail complet

« Autant que les économies de temps ou de carburant ; l’entretien d’un capital sol est l’une des prérogatives de l’agriculture de demain. »

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